A la poursuite des dauphins roses

De retour de Siem Reap, nous nous posons une journée à Phnom Penh, et en profitons pour visiter le fameux Palais Royal, dans lequel les garde ne nous avaient pas laissés rentrer lors de notre première tentative : foulard interdit pour cacher les épaules !

Un royal ennui

Premiers à entrer dans l’enceinte royale, le site nous semble vide : vide de monde, vide d’intérêt. J’observe avec étonnement l’environnement royal : beaucoup d’espace, des jardins aux arbres taillés, tel Versailles, quelques bâtiments, pagodes et palais, la plupart en travaux et des fleurs partout. Enfin des fleurs ! Cela fait plaisir : je me suis rendue à ce moment à quel point il y en a peu dans et autour des villes.

Pagode et fleur
Comme un air cubain dans les jardins
Bouddha endormi entre les fleurs du Palais Royal
Etrange fleur du "canon ball tree" ou "boulet de canon" !

Nous entrons dans le palais central, faisons le tour des vitrines exposant plats en or et statuettes par dizaine. Très répétitif et monotone, pas d’explication. Nous entrons dans l’enceinte suivante, celle de la pagode d’argent. Nous entrons au palais central … et en ressortant aussi vite, un garde criant à nos trousses ! Il fallait enlever ses chaussures : oui il y avait un petit panneau, mais tellement de pictogrammes (entre autres interdiction de faire des photos) que celui des chaussures était passé à la trappe. Bon, on reprend sous le regard inquisiteur du garde. Mon plaisir principal est de me promener entre les fleurs et lotus, et d’admirer la peinture murale (malheureusement en mauvais état) qui recouvre le mur de l’enceinte. Nous quittons le palais au bout de 50 minutes, déçus et délestés de 13$.

Palais Royal de Phnom Penh
Peinture de l'enceinte intérieure : en piteux état

Les dauphins roses

Nous quittons Phnom Penh en bus pour Kratie : c’est parti pour 7h de trajet. Nous trouvons rapidement un hôtel et partons pour l’attraction touristique du coin : les dauphins roses du Mékong.

Assez chère (14$/personne en comptant le tuk-tuk et le bateau), nous prenons plaisir à nous retrouver sur l’eau. Etrangement, cela sent l’air marin, François est aux anges ! En plus, nous arrivons en début de soirée et assistons au coucher de soleil sur le fleuve.

Coucher de soleil sur le Mékong
François pour la pose

Voilà pour les bons côtés ! Car la poursuite des dauphins en tant que telle ne nous a pas plu : oui, il s’agit d’une poursuite, de harcèlement. Nous traquons ces pauvres bêtes, espèce menacée, sur nos barques à moteur. Plus nous avançons, pluie ils fuient, ne supportant pas le bruit de nos engins. Mais c’est à plusieurs bateaux qu’ils doivent échapper : les barques se regroupent, se dépassent, pour être au plus près, au devant de la scène. On coupe le moteur pour profiter de l’instant, mais les dauphins progresse et les bateaux dérivent : la barque la plus éloignée rallume alors son moteur, dérangeant les animaux et accélérant leur fuite, « forçant » du coup les autres embarcations à remettre le moteur à l’eau. Et c’est une boucle sans fin, un jeu peu respectueux de la nature et de ces animaux malmenées, stars malgré eux. Nous n’avons qu’un seul conseil : n’y allez pas. Tout au plus vous verrez une nagoire, un bout de queue … Rien qui ne vaille le détour.

Dauphins de l'Irrawaddy dans le Mékong
Le plus grand bout de dauphin qu'on a pu photographier

22, v’là le bus !

Pour quitter Kratie vers Mondulkiri, pas de bus : la seule possibilité étant de prendre un mini-van. Si on a de la chance, c’est un minibus pour 25 personnes, sinon le van. Evidemment, mauvais karma : c’est le van qui nous attend le lendemain matin devant l’hôtel : pas de places numérotées, des sièges que l’on déplie dans le coffre pour créé une 4ème rangée (sans compter celle du conducteur) et les affaires que l’on entasse à l’arrière sur deux gros pneus de tracteur, pour optimiser le transport de matériel et rouler coffre ouvert. Dans ce van d’une capacité totale de 15 passagers sans bagages, nous avons donc embarqués à 22 et chargés à bloc ! Et en bonus, la musique à fond.

Après plus d’une heure de temps de chargement et préparation de l’embarcation, le van semble ne pas avancer. On s’arrête partout, faisons des pauses pour manger sans queue ni tête (pourquoi manger un repas consistent à 9h, après c’est déjà arrêté pour déjeuner peu de temps avant ?). Le trajet dure au total 5h : 5 longues et interminables heures. François n’en peu plus, se sentant chaque jour plus faible, le trajet devient long et pénible pour lui (encore plus que pour les autres).

A l’eau les éléphants

Arrivés à Sen Monorom, nous marchons 15 minutes sur une route de poussière pour arriver à la guesthouse, un petit paradis de calme et de verdure. François s’écroule alors; Cela fait plusieurs jours qu’il ne mange plus qu’un repas au soir et souffre toujours de problèmes de digestion. Voilà qu’il refuse également de boire et dort toute la journée. Le lendemain, direction la clinique. Le diagnostique est rapide : une belle bactérie, celle qui mène à la plupart des ulcères dans le pire des cas. Nous repartons avec un sac plein de médicaments et l’espoir que François se rétablira rapidement, même si le traitement est prévu pour 7 jours.

Sen Monorom, capitale de la région de Mondulkiri, est connue pour sa nature et ses éléphants. Un de nos rêves, repris sur notre Bucket List, est de monter (a cru) à dos d’éléphants … Mais malheureusement ce ne sera pas pour cette fois-ci. François garde le lit 2 jours, dormant non-stop, ne se levant pour rallier les toilettes. Folle ambiance ! Je joue patiemment l’infirmière, espérant qu’il se rétablisse pour profiter de la région, là ou François ne rêve que de Phnom Penh et de ses restaurants : « marre de la nourriture khmère ! ». Capricieux avec ça !

Dans mes allers-retours entre la chambre et la salle du restaurant où je pianote sur mon ordinateur, une femme m’injective, après avoir juré en allemand pendant plusieurs minutes :

« Hey » «  …? » « Vous avez vue les éléphants ? Vous avez été faire un tour ? » « Heu, non je n’ai pas vu les éléphants » « Mais si, le tour touristique, la cascade, la forêt ! Vous avez été voir ? » « Non, je n’ai pas fait de tour » « Mais vous êtes touriste, vous logez ici ! » « Oui … Mais non, je n’ai fait aucun tour touristique.»

La voilà qui s’en va, toujours de mauvaise humeur (apparemment sa colère serait issue d’une « erreur » du site via lequel elle a réservé sa chambre, qui ne l’aurait pas prévenu qu’il y a de la poussière … Bienvenue au Cambodge !).

Cela m’a fait réfléchir : faut-il toujours voir les lieux touristiques pour profiter d’un voyage ? Réaliser sa « checklist » des endroits « à voir » permet-il de « réussir son voyage » ? … Oui, j’ai manqué pas mal de choses intéressantes en restant aux côtés de François qui joue les mourants, mais pas de stress : ce sera pour une prochaine occasion. Et puis, cela m’a permis de lire beaucoup, tranquillement dans un hamac, à l’ombre d’un soleil de plomb : la vie n’est pas si horrible même quand on ne joue pas au parfait touriste (ou surtout ?) !

Pourquoi ils ont pas inventés le chorizo ?

Finalement, nous quittons Sen Monorom après 3 nuits, et rentrons pour Phnom Penh, évitant le seul bus et son trajet de 9h, au profit d’un mini van comme nous avions eu pour rentrer de Siem Reap, plus rapide (et avec des sièges numérotés : pas de passagers excédentaires !).

Encore sur les routes, j’ai parfois l’impression d’être plus dans un bus qu’à pieds dans ce pays. Nous ressentons tous les deux le besoin de bouger d’avantage … Mais pour l’heure nous posons nos fesses pour 6h de bus en direction de la capitale.

A la classique pause à 9h, les passagers du bus se ravitaillent en oeufs durs et bambous au riz : les bus se rempli de ses passagers … et d’odeurs ! François, encore affaiblit par la maladie, au bord de la nausée réplique : « Y a pas quelqu’un pour leur apprendre à faire des tortillas ? » ou « Pourquoi ils ont pas inventés le chorizo ? Dans tous les pays du monde il y a du saucisson ! Même en Amérique latine … » et le voilà parti à rêvasser de ses conquêtes gastronomiques passées. « Et pourquoi ils ne savent pas faire d’eau gazeuse ? Avec leur Soda Water dégueuh ! Moi qui pensais qu’on trouvait de l’eau pétillante partout dans le monde … ». Et de continuer, sur un ton de déception, « C’est le premier pays où je ne mange pas toutes les spécialités locales ». Et voilà ses origines espagnoles qui remontent à la surface : « tu crois qu’il y a du chorizo fris à Phnom Penh ? Et du jambon serrano ? ». Pauvre François, qui n’a rien mangé depuis plusieurs jours à cause de la maladie, et qui ne rêve que de cuisine de notre bout du monde. C’est ça aussi, de voyager dans une culture totalement inconnue !

Nous arrivons à Phnom Penh dans les temps indiqués (miracle !), à l’autre bout de la ville (paumés !), prêts pour nos derniers jours au Cambodge.