La malédiction de l'alcool de palme

Nous sommes restés une semaine dans cette ville, visitant les fameux temples d’Angkor, sympathisant avec David et Isabelle du blog Viavelo (un couple faisant le tour du monde à vélo depuis 2008), découvrant la région de Siem Reap et nous reposant, tout simplement (nécessaire surtout pour François qui a été malade quelques jours).

Une ville bipolaire

Siem Reap possède deux visages complètement opposés. Les touristes qui se limitent au centre ville ne verront que son côté parc d’attraction : tout est « trop », dans la démesure et l’excès … Bref, tout est pensé pour le touriste. Les bars s’enchaînent, les lumières scintillent de tous les côtés, les pizzas et hamburgers font baver les occidentaux en manque de repères, et les magasins de souvenirs profitent des bourses bien remplies des voyageurs.

Mais Siem Reap ne se limite pas à Pub Street (si si, ce nom de rue existe !) et au marché touristique. Il existe un autre Siem Reap, préservé du temps, inchangé depuis 25 ans. Pour le voir, il suffit de grimper sur un vélo et pédaler dans la campagne environnante : 10 minutes suffisent pour se retrouver dans une ambiance complètement différente.

Pub Street

Le Siem Reap d'il y a 25 ans (avec plus de plastique)

Nous avons eu la chance d’avoir de bons guides, David et Isabelle qui sont au Cambodge depuis maintenant 2 ans, pour nous faire découvrir Siem Reap autrement.

Le vélo permet de sortir des sentiers battus et de faire des rencontres inattendues, comme avec ce Cambodgien assis sur le pas de sa maison, nous invitant à partager la boisson locale : l’alcool de palmier fait maison. Une expérience insolite, une boisson horrible et une générosité au-delà des mots.

Gratte-ciels de bambou

Mais notre expérience à vélo ne s’arrête pas là : le lendemain, nous partons en expédition avec un tour organisé. Au programme : balade à vélo dans un village du côté de Roluos et découverte d’un village flottant avec une pirogue (motorisée). Nous avons passé une excellente journée à sillonner des routes perdues, sans l’ombre d’un touriste.

Sur nos vélos, nous sommes passés par le marché local, une maison typique pour la fabrication d’alcool de palmier (cela nous poursuit !), une ferme à cochons, des ruines d’un petit temple perdu dans la forêt et une école primaire.

Il est pas frais mon poisson ?

Marchande au voile khmer

Visiter avec un guide est l’occasion de poser nos nombreuses questions sur une culture qui nous est inconnue (et difficile d’accès vu la barrière de la langue) et de tester des nouveautés, comme le sucre de palme ou le riz au coco dans un bambou.

Fabrication de sucre et alcool de palme

Du riz, des fèves et du coco

Direction ensuite les villages flottants du Tonlé Sap (le grand lac du pays) pour un arrêt à Kompong Khleang. Evidemment, ce type de village est plus beau à voir à la saison des pluies, mais j’avais la curiosité de découvrir à quoi ressemble un village sur pilotis et des maisons flottantes à la saison sèche.

Pêcheurs sur une pirogue

Après une marche dans ce village sur échassiers, avec de véritables gratte-ciels en bambou, nous avons pris un petit bateau pour remonter ce bras de rivière jusqu’au fameux Tonlé Sap. J’ai été frappée par ces maisons construites à même le sol sur les berges : chaque année certains quittent le village pour s’installer sur les terres découvertes des eaux et devenir agriculteur le temps d’une saison : tout est à reconstruire (maison …). Curieux également d’y voir des copies de nos machines à arroser les plantes de pesticides, construites en bois : ou comment l’ingéniosité et la débrouillardise de l’homme lui permet de s’adapter … et de recopier les bêtises des « cultures civilisées ».

Des bons pesticides !

Mise à l'eau d'une pirogue

Le village flottant se trouve en bordure du Tonlé Sap : grappes de maisons ancrées, elles me paraissent si petites pour accueillir toute une famille. La plus belle de toutes ces demeures est l’école du village, d’un bleu resplendissant.

Maisons flottantes

Ecole flottante

Le guide nous réveille de notre somnolence provoquée par les clapotis de l’eau pour nous parler du Tonlé Sap. Plus grand lac d’eau douce d’Asie, il abrite plusieurs villages flottants, composés à 85% de Vietnamiens et à 15% de Cambodgiens. Lorsque je pose la question de ce déséquilibre, il me répond « 15% de Cambodgiens, c’est pour les surveiller ». La relation entre Cambodgiens et Vietnamiens reste particulière et ambivalente : d’un côté la gratitude pour l’aide à se libérer des Khmers Rouge, de l’autre la volonté de « s’en débarrasser ».

Angkor un tour

François succombe ensuite à un virus virulent et garde le lit une journée entière, pendant laquelle je visite les temples d’Angkor. Nous visitons ensuite ensemble le lendemain les célèbres temples du Bayon et d’Angkor Vat, mais ce sera pour un autre article !

Nos amis David et Isabelle nous invitent à réenfourcher les vélos pour un dernier tour dans la région, jusqu’à un village sur échassier méconnu des touristes … jusqu’à présent. Quelle n’a pas été leur surprise de croiser des bus et des camions sur leur petite route de terre normalement peu fréquentée, et de repérer une fois devant le-dit village des touristes, appareils photo à la main, observant la population locale s’affairer à ses occupations quotidienne comme on regarde un reportage sur une civilisation en voie de disparition, ou des animaux dans un zoo. Et oui, les choses évoluent rapidement au Cambodge, et le tourisme modifie profondément le fonctionnement de ce pays. Ainsi, les petites gargotes de pêcheurs sur le bord de la route sont maintenant prises d’assaut par les cars de touristes à la recherche « d’authentique », provoquant une inflation des prix : cela reste de toute manière bon marché pour les occidentaux ! Et les locaux se voient obliger de déserter leurs boui-bouis, et d’en reconstruire d’autre « dans leurs prix », qui seront ensuite assiégés à nouveau par les touristes, lassés de croiser trop de blancs dans les lieux soit-disant typiques.

Repas typique khmer à même le sol
Jus de canne à sucre avec des glaçons

La balade se termine sous le soleil de midi, François souffrant d’un coup de chaud car il avait oublié sa casquette … ou plutôt oublié qu’il avait mis sa casquette dans le panier de son vélo, sous son sac. Sur la route du retour, il achète un chapeau conique aux airs asiatiques : un vrai Kung-fu Panda !

Tous ces efforts en pleine chaleur ne sont pas vains : nous allons manger une bonne fondue khmère (trop épicée pour moi), agrémentée de sushis (on était en manque !). Nous retrouvons nos amis au soir pour un dernier dîner, invité dans leur petit chez-eux à déguster les délicieuses « pâtes aux nénés » d’Isabelle !

Nous quittons Siem Reap après une semaine passé dans cette étrange ville, pleine de contrastes, en direction de Phnom Penh. Pour ne plus nous « faire avoir » comme à l’aller avec un bus tout miteux, qui s’arrête partout et prend le double du temps nécessaire pour faire le trajet, nous optons pour un minibus. Nous nous retrouvons ainsi 15 passagers, Cambodgiens pour la grande majorité, à nous entasser … Enfin 15, c’est le nombre théorique : c’est sans compter les 4 enfants qui s’asseyent un peu partout, et chantent à tue-tête l’alphabet en anglais, ni les sacs, car pas de coffre ici. Le tout avec un chauffeur fou du klaxon, qui opère des dépassements assez improbables … Arriverons-nous entiers à Phnom Penh ?